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Il y a des rencontres, des interviews qui marquent plus que d’autres, c’est toujours ce qui se passe lorsque je suis en présence d’artistes venant de Louisiane et j’ai eu le grand, très grand plaisir de participer à la conférence de presse de la Savoy Family. Vous pouvez avant ou après aussi lire la bio multiaxes que j’ai produite à ce lien ou écouter une émission spéciale d’avant festival à celui-ci. Présent lors de cette 30e édition du Country Rendez-vous Marc et Ann Savoy accompagnés de leur fille Sarah et de leurs deux fils Joel et Wilson. Ils furent introduits à Jeff Blanc qui amateur de très bonne et belle musique a été la cheville ouvrière pour leur venue.

Pour la compréhension, même si je garde un fil linéaire quelques réponses (revenant à peu plus tard dans l’interview) comme des rebonds, des précisions, des envies de partage ont été déplacées afin de donner plus de liant, d’unité et de clarté ainsi que la question de Dominique arrivant en fin, mais qui faisait suite à la question de Jean-Edgar sur la musique Zideco.

Edgar Prato (radio Marseille) (s’adressant à Marc Savoy) : Vous avez débuté il y a cinquante ans au moins alors qu’elle était l’ambiance du temps de Belton Richard, Aldus Rodgers qui étaient encore en activité comment cela se passait-il là-bas au pays des crabes mouts ?

AnnSavoy

Ann Savoy : Dans ce temps-là, c’est Marc qui a joué dans ce temps-là ! Mais c’est moi, qui ai écrit un livre sur ce sujet. (Cajun Music A Reflection Of A People Vol 1). Les salles de danse avaient toujours de grand, grand groupes avec les basses, les violons, les doubles violons, des steels guitares… s’était pour danser pas pour écouter. Cette musique n’était pas pour écouter. Tu as choisi les bons groupes… Aldus Rogers s’était très, très bon !!

Edgar Prato (radio Marseille) (s’adressant à Ann pour poursuivre) : Les « Fais do-do » !?

Ann Savoy : Les « Fais Do-do »… non, pas tellement, c’était plus des groupes qui se produisaient dans les villes salle de danse. Pour les Fais Do-do s’était plus dans les maisons, les femmes viennent, les enfants viennent d’où leur nom, car les petits enfants étaient mis à côté dans une chambre lorsqu’ils étaient fatigués ou que c’était l’heure.

CG (Pascal Paulin – RCF) : comment c’est fait dans votre famille, naturellement, tout cette variété d’activité facteur d’accordéon, musiciens, producteur de musique, créateur du label « Valcour », cuisinière, etc. ?

Joel 2

Joel Savoy : Je dirai que la musique Cajun est avant tout un mélange d’autres musiques comme le Blues, la Country, le Jazz, le Folk et dans notre famille nous avons des influences de partout. Nous avions toujours des invités chez nos parents qui jouaient d’autres styles de musique. Et c’est comme cela que nous avons grandi toute la famille. Nous écoutions de tout et c’est comme cela que nous tous nous avons grandi en musique et en chantant en français. On a chacun dans nos groupes transposés nos préférences, moi j’aime plus le swing, Wilson le rock’n’roll et Sarah peut-être aussi un peu plus le rock’n’roll. Mais toujours très traditionnel…

AnnSavoy

Ann Savoy : Ce n’est pas juste la musique qui fait la Culture Cajun, c’est aussi la cuisine… on a notre chef avec Sarah, mais c’est surtout les hommes qui sont nos grands chefs de cuisine dans la Louisiane. Il y a aussi, dans notre famille, une différence c’est que nous avons toujours voulu, aimé que nos enfants jouent la musique Cajun alors que dans la génération de Marc les familles (ndlr : ou les autorités) décourageaient de le faire. Ce n’était pas être américain que d’êtres (ndlr : parler, chanter) français. C’était loin d’être facile à l’époque…

Sarah

Sarah Savoy : Pour revenir à une autre partie de ta question, chez nous, dans la maison, c’est dans la cuisine qu’il y a tous les instruments comme le piano où Wilson jouait souvent en nous réveillant parfois dès six heures du matin en jouant du Jerry Lee Lewis (rire)… Mais aussi ma mère, restant là à jouer ces morceaux jazz sur sa guitare à tout heure et souvent tard le soir ; tant que ma mère a travaillé sur son livre, moi j’ai passé beaucoup de temps avec les parents de mon père. Mes premiers souvenirs ont été de passer du temps à côté des fourneaux avec ma grand-mère où je la regardai faire la cuisine… me souvenir de voir mon grand-père renter du jardin avec des tomates, des concombres … et pour moi c’est le cœur de la maison ! Et c’est là, pas forcément en jouant de la musique que j’ai apprise plein d’histoires sur ma famille, nos traditions, notre histoire autour de ce fourneau à la maison.

Mais il faut dire que nos parents ne nous ont jamais forcés à jouer d’un instrument, de faire de la musique, mais ils ont toujours été là à nous encourager dès que nous avions envie de faire telle ou telle chose. Joel a commencé les enregistrements ; très jeune à faire du rock ensemble, il avait 13 ans et moi quinze. Il jouait de la guitare, mais très vite il a aussi commencé à nous enregistrer sous la cuisine d’été dehors chez mes grands-parents, car en Louisiane, il faisait trop chaud dedans (rire) … il fait toujours trop chaud d’ailleurs. C’est là que sa passion a débuté et maintenant Joel a enregistré (sur le label Valcour) quelques-uns des plus grands noms de la musique Cajun mais pas uniquement.

MarcSavoy

Marc Savoy : Pascal, tu demandes comme cela se fait-il que vous avez quatre enfants et qu’ils sont tous musicien ? Alors ma réponse est très simple et si vous voulez que cela se passe comme cela chez vous … vous allez acheter plein d’instruments différents de musique des guitares, des accordéons, des violons, des basses, et vous « brayez » tout cela dans toute la maison, dans toutes les chambres, les pièces… et vous dite simplement à vos enfants « surtout, vous ne touchez pas à ces instruments » (rire général)

Jean-Edgar Prato : Joel, avec le label Valcour, vous lancez-vous dans la programmation de la musique Zideco ?

Joel 1

Joel Savoy : C’est très loin de nous ! si tu veux savoir si je vais faire plus de musique « Zarico » pas vraiment. On en a produit quelques-uns comme Cedric Watson ou Boozoo Chavis. Pour ce dernier on a sorti un disque de festival à Lafayette. Mais pour moi le Zydeco d’aujourd’hui cela ne m’intéresse pas beaucoup, car c’est plutôt en anglais, c’est un style moderne à l’accordéon. Moi, ce que je préfère c’est l’accordéon piano traditionnel, tu vois ! On ne trouve plus trop de cela en Louisiane aujourd’hui, plutôt du côté du Texas, en Californie, mais malheureusement plus chez nous. Concernant le label Valcour nous ne produisant que la musique de la Louisiane. Donc si nous ne sortons pas ce type de musique, il n’y a pas de production de disque de Louisiane.

Dominique (radio Emeraude) : Pour compléter, comment faire la différence entre la musique Cajun et la Zydeco ?

Savoy 1

Marc Savoy : la différence entre Cajun et Zideco, je vais vous dire c’est très simple et pour vous le faire comprendre très facilement quand j’étais petit mes parents avaient des engagés noirs et ma mère était bonne faiseuse de gâteaux ananas. C’était formidable, les meilleurs gâteaux que j’ai mangés … Et la femme noire faisait le même gâteau avec le même fruit, le même sucre, la même farine que ma mère et pourtant les deux gâteaux étaient complètement différents et bien pour la musique c’est la même chose… pour la musique Cajun et Zideco.

CG (Pascal Paulin – RCF) (en m’adressant à Ann) : J’ai découvert en préparant un article un album que vous avez fait avec Linda Ronstadt. Vous avez réussi à la faire chanter en français ! Comment c’est fait la rencontre et la création de ce disque ?

Ann Savoy : C’est aussi la première fois que j’ai enregistré en anglais (rire) et Linda a toujours voulu chanter en français et un jour elle m’a dit qu’elle aimerait bien faire un disque avec moi avec des chansons en français. Elle adore le français, mais ne le parle pas ! Aussi sur ce disque nous avons fait deux, trois chansons en français donc deux chansons Cajun et la très jolie chanson « parlez-moi d’amour » … le reste en anglais. Je suis depuis très longtemps amie avec Linda… d’ailleurs aussi avec Emmylou (Harris), nous chantions dans sa maison juste pour nous amuser et un jour elle a dit « allons faire un disque ! » et j’ai répondu « Et pourquoi pas !!! » (rire)

Fin de la conférence de presse.

 

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