Par Pascal P

ChelyWright

 

Une musique que l’on dira Country mais en fait nous en sommes loin aussi ! Car lorsque l’on rentre dans cet univers de l’intimiste, les frontières sont moins marquées, franches… Je penserai même plus à un univers Pop-Folk mais d’une très grande qualité et musicalité sous le sceau d’une sobriété et une atmosphère épurée. Chely Wright qui nous produit courant 2016, ce disque premier depuis 2010 (déjà 6 ans) composé de 13 plages « I’m The Rain ».

Je vous recommande « Where Will You Be » (2) qui vous emmènera dans un univers qui ressemble par certains côtés à celui d’une autre grande dame à savoir Mary Chapin Carpenter mais avec une voix plus claire, plus mélodieuse et moins feutrée. « You Are The River » (4) au joli rythme alliant une guitare altière et un piano aux sonorités appuyant Chely qui nous charme tout simplement.

Chely Wright née au début des années 70 dans le Missouri à Kansas City traverse les modes et les styles. Elle réalise pendant quelques années un parcours classique et comme elle le dira « J'adore ma connexion profonde à la musique country ; c’est avec elle que j'ai grandi en écoutant Merle Haggard, Conway Twitty, Buck Owen, Loretta Lynn ou encore Emmylou Harris. »

ChelyWright ImTheRain

 

Ce disque « I’m The Rain » plonge aux racines de ce que l’on appelle aujourd’hui Americana (forme moderne de l’alternative Country … ou encore appelée AAA) ; il est produit par Joe Henry et c’est aussi une collaboration avec des artistes qu’à Country Gift Music nous aimons un peu plus que d’autres à savoir Emmylou Harris, Rodney Crowell. Il faut aussi y rajouter, afin d’être complet, The Milk Carton Kids.

Il ne fut pas très facile à cette artiste de s’imposer à Nashville où elle réside de 1994 à 2008, car il n’est pas évident dans un mode parfois puritain et même si elle n’est pas du genre à s’afficher avec outrecuidance … de vivre tranquillement et honnêtement son homosexualité. Puis, est-ce par la force des convenances, elle se marie et donne naissance à des jumeaux. Plus dure fut ensuite la chute, la rupture… qui la plonge dans les tourments de la vie.

Ceci explique peut-être que ce disque « I’m The Rain » (je suis la pluie) fut d’une longue gestation. En effet, nous apprenons, et sommes ainsi confirmé dans le ressenti que nous laisse ce disque, lors d’une interview qu’elle donne à Jason Scott d’AXS qu’elle revit enfin et se remet d’un mal-être, d’une grande douleur… elle craie ainsi 13 petites histoires et comme elle le dit « "C'est ce que nous essayons de faire, n'est-ce pas ? Essayez de capturer pour ce disque 13 petits polaroids de quelque chose qui se passait vraiment. J'étais vraiment reconnaissant que même après tout ce temps passé et je ne souffrais plus après avoir eu le cœur brisé. Enfin, je peux trouver mon chemin de retour et livrer ceci ".

Elle a toujours eu envie de renouer avec son rôle de poète et après bien des lacets sur une route sinueuse, ce fut Rodney Crowell qui la décide à reprendre la route, l’écriture et d’aller frapper à la porte de Joe Henry (ayant produit des artistes comme Elvis Costello, John Denver ou encore Bonnie Raitt). Ce disque est aussi le produit d’un échange rare entre plusieurs personnes, mais au premier rang ceux-ci entre Joe et Chely par tous les moyens de communication d’aujourd’hui. Certains titres ont pour origine les mots de l’un et la musique de l’autre ; parfois l’inverse… ce fut un long chemin, une sorte de thérapie, car parler c’est s’ouvrir, c’est partager…

Pour l’univers purement musical, les goûts, les attentes de Chely furent couchés sur des partitions par les conseils et les actes de Levon Henry qui donnent à « I’m The Rain » un côté très terrien, très simple et authentique.

Autre titre que je vous recommande « Halona » (12) qui est pour moi la plus belle de ce disque. Dégageant tellement de force et une douce pureté. (en voici ci-dessous ma traduction)

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Elle est née à minuit, au moment où les tempêtes sont venues
Le sol avait soif, il était fissuré et nu
Elle était magique et tout le monde le savait
Elle avait des yeux bleus aux cheveux chauds et dorés

Et nous avons chanté
Halona, ​​oh Halona, ​​Halona, ​​oh Halona
Halona Princesse de la pluie des Prairies
Halona, ​​oh Halona, ​​Halona, ​​oh Halona
Le ciel rend les armes quand on chante son nom

Elle a apporté les eaux, une bénédiction pour la saison
Le maïs a été planté et la rivière courre
Avec la récolte, il y avait une chose dont nous avions encore besoin
Des jours plus chauds pour que le maïs puisse grandir

Et nous avons chanté
Halona, ​​oh Halona, ​​Halona, ​​oh Halona
Halona Princesse de Soleil de la prairie
Halona, ​​oh Halona, ​​Halona, ​​oh Halona
Apportez au-dessus de nous ces chauds rayons

Ses yeux sont des bassins d'eau, ses cheveux sont le soleil
Cet enfant a de nombreux pères: les étoiles, le vent, la lune
Nous la célébrons la soirée du 8 octobre
Nous élevons notre salaire haut

Et nous chantons
Halona, ​​oh Halona, ​​Halona, ​​oh Halona
Halona Princesse de la pluie des Prairies
Halona, ​​oh Halona, ​​Halona, ​​oh Halona
Le ciel rend les armes quand on chante son nom

Halona, ​​oh Halona, ​​Halona, ​​oh Halona
Halona Princesse de Soleil de la prairie
Halona, ​​oh Halona, ​​Halona, ​​oh Halona
Apportez au-dessus de nous ces chauds rayons

 

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« Inside » (1) est le résultat d’une déchirure … qu’elle eut du mal à coucher en mots sur une mélodie… celle de la perte de la maman ! Certains d’entre, nous sommes passés par là et tous ceux qui ont eu des relations privilégiées avec leur mère savent ce que cela représente !

De belles personnes et musiciens se sont plongés dans l’aventure : les guitaristes Adam Levy (Norah Jones) et Mark Goldenberg (Brian Wilson), le bassiste David Piltch, le claviériste Patrick Warren (Tom Waits, Lana Del Rey), le guitariste de pedal steel Eric Heywood (Over the Rhine) et le batteur Jay Bellerose (Willie Nelson, Robert Plant et Alison Krauss).

Et pour vous faire comprendre la nature profonde d’une chanson de Country Music c’est souvent une histoire de cœur et lorsqu’elle se termine on a, peu importe notre force de caractère, le cœur brisé et elle dit « Évidemment, une métaphore n'est pas étrangère à une chanson de Country. C'est ce que nous avons toujours fait de mieux. J'ai écrit ces chansons dont une au milieu de la nuit, peut-être que c'était deux heures du matin. C'était une vraie chanson écrite sur un réel l’amour qui a été perdu. J'avais eu une longue relation de 12 ans qui s'est effondrée de la manière la plus désastreuse. Lorsque vous aimez quelqu'un pendant 12 ans et que cette relation disparaît, vous sentez qu’il vous manque un membre. Ce disque c’est beaucoup moi en essayant de sortir de l’impasse. "

"Where Will You Be"(2) ; "Pain" (7) et "Next to Me" (11) sont trois des plus beaux exemples de chansons que peuvent produire des artistes qui exorcisent leurs douleurs, leurs maux, leurs souffrances en nous délivrant des émotions profondes, sombres, mais d’une telle beauté avec des mots simples, des mélodies soignées et prenantes.

Je ne saurais que trop vous conseiller l’écoute de « I’m The Rain » (13 titres – sortie le 9 septembre 2016). Et redécouvrez une certaine Chely Wright.

 

 

 

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